21.04.2008

Lettre de Gaëtan Gorce aux Parlementaires socialistes et aux Premiers fédéraux


Cher(e) Camarade,

Au lendemain des élections municipales, je souhaite te faire part de mon sentiment sur l'état de notre Parti et sa nécessaire rénovation. En homme libre. En socialiste de toujours !

Le succès que nous venons de remporter nous permet de reprendre ce débat dans la sérénité.

L'appui que nous ont apporté les Français le 16 mars, l'espoir d'une alternative, nous créent maintenant un double devoir de vérité et de clarté.

Je crois en l'avenir de la Gauche : l'exigence de justice n'est pas près de s'éteindre ! Mais pour y répondre, il nous faut faire l'inventaire des transformations que nous devons apporter à notre pensée, comme à notre organisation.

Ma conviction, celle que j'avais déjà exprimée à la tribune du Conseil national après l'échec de 2007, c'est que le fonctionnement de notre Parti ne correspond plus aux défis d'une démocratie moderne. Sa rénovation constitue donc bien un préalable !

Héritée d'une histoire tourmentée, la logique des courants s'appuie depuis 20 ans sur des questions qui n'ont, à l'évidence, plus rien d'idéologique. Protégés par la proportionnelle, des dirigeants, en mal de notoriété ou d'influence, perpétuent depuis le Congrès de Rennes le même et vain combat. Celui-ci ne produit plus au mieux que des synthèses molles, au pire, comme on l'a encore vu à la présidentielle, des affrontements suicidaires.

Le bilan est terrible aux yeux d'une opinion persuadée que les Socialistes se sentent désormais davantage concernés par les batailles de pouvoir interne que par les solutions à apporter aux problèmes du pays. Cette dérive, au delà des défaillances personnelles, répond à des causes profondes auxquelles il faut nous attaquer, sauf à prédire sa réédition à la première occasion.

La réponse tient en une seule formule : démocratisation. C'est en donnant le premier et le dernier mot à nos adhérents que nous pourrons déjouer les petites tactiques, contourner les stratégies personnelles et faire prévaloir l'intérêt collectif.

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Nous devons d'abord bâtir un Parti populaire et moderne, capable d'accueillir et de mettre en mouvement plusieurs centaines de milliers d'adhérents. Avec un objectif unique mais impératif, la victoire en 2012, auquel toutes les autres préoccupations doivent être subordonnées.

Nous devons ensuite, pour y parvenir, nous doter d'une Direction claire et un leadership fort de la confiance des adhérents.

Je propose ainsi que notre Premier secrétaire soit élu avant le Congrès, pour donner le ton et fixer l'orientation. Ce sera le moyen de déjouer les manoeuvres d'appareil et de consacrer notre congrès au travail de rénovation.

Nous devons également organiser différemment la consultation de nos adhérents. Je propose de renoncer au triste cortège des contributions, des motions et des nuits de synthèse pour organiser dans chaque fédération et chaque section une vaste consultation sur la base de laquelle sera établi le document d’orientation soumis au vote final (et aux amendements) de nos adhérents.

Je propose enfin de jeter les bases d'un fonctionnement plus efficace, plus démocratique et plus moderne. Comment nous ouvrir sur la société et changer notre rapport aux Français sans favoriser les adhésions, comme nous l’avons fait avec les nouveaux adhérents ? Comment faire vivre la démocratie sans tenir chaque année une Conférence nationale chargée d'arrêter les orientations du Parti ? Comment professionnaliser notre action, sinon en faisant de nos secrétaires nationaux des responsables à temps plein ?

L'autre axe de changement doit concerner nos alliances : la Gauche plurielle ne renaîtra pas et je ne vois pas l'intérêt pour le PS de ressusciter, à travers une quelconque formule de fédération d'appareils à bout de souffle. Quant à l'alliance au Centre, elle peut constituer une passade, le temps des municipales, ici ou là, mais certainement pas ouvrir une perspective si l'on veut bien tenir compte du fait que François Bayrou n'imagine de reconfiguration du paysage politique qu'autour de sa candidature à la présidentielle. Nous devons donc assumer notre destin, c'est à dire construire par nous-mêmes une nouvelle force politique représentative d'un électorat aujourd'hui éclaté qui cherche une alternative au sarkozysme.

Je propose qu'une fois le congrès passé, nous lancions des « Assises de l'Alternative », ouvertes à tous les citoyens, qu'ils viennent du Centre ou de la Gauche, qui voudront contribuer à refonder notre formation politique, un peu sur le mode des Assises du Socialisme lancées en 1974 par François Mitterrand et qui avaient permis à notre Parti de s'enrichir de tant d'apports nouveaux. Alors que le Parti se rétracte aujourd'hui sur un noyau dur, ces Assises nous permettront d'enclencher une dynamique d'adhésions dont nous savons, depuis le succès des nouveaux adhérents, qu'elle est possible. Cet élargissement résoudrait, en la rendant caduque, la question des Primaires.

De tels changements sont souvent présentés par leurs détracteurs, c'est à dire les conservateurs qui sont nombreux à Solférino, comme un retour à la SFIO. Le rapprochement est savoureux venant de ceux qui ont précisément placé le Parti dans la situation que connaissait la SFIO dans les années 60 : l'effacement de l'autorité de la direction nationale, l'incapacité à trancher et à fixer une stratégie, des alliances électorales à la carte.

Il est temps de rejeter le joug des habitudes, de bousculer le poids des intérêts de boutique et des ambitions personnelles. La clé du succès réside dans la capacité qui sera la nôtre à innover, changer, transformer.

Imposons le Changement. Ici et maintenant !

Je te prie de croire, Cher(e) Camarade, en l'expression de mes amitiés fidèlement socialistes.

Gaëtan Gorce

14.02.2008

Pour un nouveau mendésisme

(Voilà un article que Gaëtan Gorce avait écrit pour Marianne, et qui est paru en mars dernier. Nous le reprenons ici : il nous semble bien expliquer la démarche qui a conduit au dépot de la contribution)

Quand s'attaquera-t-on aux vrais problèmes du pays? Et qui le fera? Le mouvement de défiance qui se lève aujourd'hui contre Nicolas Sarkozy ne fait que souligner la prégnance de cette double question. La gauche aurait tort de s'en réjouir. Le désarroi qui frappe l'opinion n'est que le reflet d'une crise de confiance ouverte depuis une vingtaine d'années et que la campagne de 2007 avait semblé suspendre.

Nos concitoyens ont, à juste titre, la conviction que la politique s'est éloignée d'eux. Qu'elle n'a plus pour objet de répondre aux défis dont ils ressentent les effets dans leur vie quotidienne. Le creusement des déficits sociaux nourrit ainsi une inquiétude récurrente sur le devenir de notre système de protection sociale. Les délocalisations et leurs effets sur l'emploi industriel mettent à nu le problème de compétitivité qui affecte notre économie. Les montagnes russes des sondages soulignent enfin, à l'envi, les failles de nos institutions, incapables d'inspirer une confiance durable à nos citoyens.

Ces trois questions sont évidemment étroitement liées. Restaurer la compétitivité de notre économie, aider nos entreprises à regagner des parts de marché, en particulier à l'exportation, dynamiser notre croissance suppose sans doute un investissement spectaculaire dans la recherche et l'enseignement supérieur. Mais il implique aussi une maîtrise des coûts qui ne peut se concevoir que dans un contexte de stabilisation des prélèvements obligatoires. Les abaisser n'aurait pour conséquence que de renvoyer au marché des missions qui sont celles de la collectivité, ce qui aurait en outre pour effet d'accentuer encore les inégalités. Les augmenter reviendrait à étouffer toute capacité d'initiative et à conforter des habitudes de gestion publique qui doivent être au contraire revues en profondeur. Une telle stabilisation ne serait évidemment pas sans conséquence. Sous une telle contrainte, l'augmentation inéluctable des dépenses sociales liée à la couverture des déficits des régimes de retraite et de santé comme à la montée en charge des nouveaux besoins, telle la dépendance, se reportera par un effet mécanique sur les autres dépenses publiques qu'il faudra bien alors comprimer en proportion.

Dans ces conditions, la réforme de l'Etat constituera la condition sine qua non de la préservation de notre système de protection sociale et de l'avenir de nos services publics. La «croissance zéro» des dépenses publiques, la limitation des déficits budgétaires aux financements nécessaires à l'investissement public, le vote en équilibre de la loi de financement de la Sécurité sociale rendront indispensable une évaluation des politiques publiques, c'est-à-dire une recherche d'efficacité, économique et sociale, qui fait défaut aujourd'hui.

C'est à ce stade que se pose alors la troisième question, celle de la revitalisation de notre démocratie. Loin de relever d'une cohorte d'experts, à l'instar de la commission Attali, la réforme ne pourra être juste, efficace et acceptée que si elle est débattue, négociée, expliquée, c'est-à-dire si elle engage, en somme, tous les citoyens. Au courage de dire la vérité, sur la réalité des enjeux économiques et sociaux, les responsables politiques devront par conséquent ajouter une conscience de l'intérêt général qui permettra de distinguer le politicien habile de l'homme d'Etat.

Un tel enjeu n'est pas sans rappeler la situation de la France au milieu des années 50, doutant de son statut, empêtrée dans sa reconstruction, s'interrogeant sur l'avenir de sa démocratie. A gauche, un homme seul alors su se faire entendre, qui croyait suffisamment en la démocratie pour voir dans la politique une pédagogie et dans ce pays pour croire en son rebond. Cet homme s'appelait Pierre Mendès France. Jamais cette double idée qu'il se faisait de la politique et de la France n'a été si nécessaire à l'une comme à l'autre!

Qui saura demain reprendre le flambeau? Qui choisira de renoncer à la démagogie et à toutes les formes d'une pensée paresseuse?

L'échec patent de Nicolas Sarkozy à assumer ce rôle renvoie la gauche au seul enjeu qui vaille: retrouver un leadership qui s'inspire d'une véritable «éthique de la responsabilité», indispensable à notre temps.

Par Gaétan Gorce DEPUTE PS DE LA NIEVREVice-président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, animateur de Nouvelle Voix (rénovateurs).

Samedi 22 Mars 2008 
Gaétan Gorce