01.07.2008
Dans la presse...
Le député PS rénovateur Gaëtan Gorce a rendu publique hier sa contribution pour le congrès de Reims et réclamé une « rupture » avec le mode de fonctionnement actuel du PS, perclus de « baronnies », plaidant pour la désignation d'un « leadership clair ». Pour lui, l'échec du PS vient des « arrangements entre les courants et les baronnies locales » et « si on ne déverrouille pas, on va finir comme la IVe République ». « Comment ce ballet absurde peut-il encore convaincre », s'interroge-t-il, en accusant les poids lourds du parti de mener « une bataille pour le pouvoir » dans la perspective de la présidentielle (lire page 2). « Aucune des contributions ne rompt avec le système en place au PS. » Gaëtan Gorce propose que « le premier secrétaire soit élu avant le congrès pour que sa légitimité ne doive rien aux courants et tout aux militants ».
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LA TRIBUNE
De Bertrand Delanoë à Ségolène Royal, en passant par Henri Emmanuelli ou Pierre Moscovici, les principaux ténors socialistes ont présenté leur contribution, tout en affichant leurs soutiens.
A l'approche du congrès du PS, à l'automne, les candidats à la direction du parti ont multiplié les interventions ce week-end pour présenter leur contribution. La plus bruyante, Ségolène Royal, se voulant à la pointe du combat anti-gouvernemental, a transformé samedi la présentation de son texte en "premier grand rassemblement contre la politique" de Nicolas Sarkozy.
A Paris, devant plus d'un millier de militants survoltés scandant son prénom, l'ancienne candidate à la présidentielle a fustigé les projets du gouvernement, notamment "l'insupportable perspective" de la privatisation d'Areva et EDF, ou la réorganisation de l'audiovisuel public. Remerciant les "plus de 3.000" personnes "coauteurs de cette contribution" sur son site web, elle a appelé à un congrès "utile et serein" et décliné les sept "piliers" de son texte intitulé "combattre et proposer".
Le numéro deux du PS et maire de Dijon, François Rebsamen, a résumé les "quatre révolutions du texte": "mettre l'économie au service de l'homme, faire la révolution écologique, mettre en place un Etat préventif et la révolution démocratique jusqu'au bout". La contribution prône notamment une "révolution fiscale", avec prélèvement à la source et fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG ou encore la suppression des niches fiscales.
Se voulant rassembleuse et consensuelle pour le PS, Ségolène Royal a assuré: "vous n'entendrez de ma bouche aucune chose désagréable, polémique, aucune petite phrase. Je vois les choses, je les entends, je les subis". "J'ai beaucoup donné mais j'ai beaucoup reçu". Elle a d'ailleurs invité les membres du PS "à (la) rejoindre et à se rassembler. Ils seront les bienvenus le moment venu".
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a refusé dimanche de trop commenter la contribution de Ségolène Royal (tout en indiquant qu'il y manquait beaucoup de choses). Le favori des sondages, toujours non déclaré officiellement à la succession de François Hollande, a révélé le nom de sa contribution, dont les grandes lignes ont été présentées mercredi. Intitulée "clarté, créativité, courage", cette contribution de 20 pages a pour sous-titre "choisir maintenant pour agir demain", a-t-il fait savoir.
Bertrand Delanoë propose notamment que "la France atteigne un investissement dans la recherche correspondant à 3% du PIB". Pour cette proposition de "15 milliards d'euros par an", il suggère de supprimer "le paquet fiscal de Nicolas Sarkozy". Le maire de Paris a par ailleurs signalé qu'il mettrait ce lundi après-midi en ligne cette contribution sur son site Internet.
De leur côté, Benoit Hamon et Henri Emmanuelli ont appelé, samedi à la Sorbonne, au "rassemblement" de la gauche pour mener d'ici à 2012 "le combat" contre "tout le travail de casse du modèle social et des libertés mis en oeuvre par la droite" et pour "la reconquête du pouvoir". Dans un amphithéâtre comble, les deux chefs de file du Nouveau parti socialiste (NPS) ont présenté leur contribution pour "reprendre le terrain abandonné à la droite, et revenir sur le cycle le plus important, depuis longtemps, de régression sociale et démocratique", selon Benoît Hamon.
Citant la réduction du temps de travail, les retraites, le droit de grève, la rétention de sûreté, la "mise au pas des médias" et le retour dans le commandement intégré de l'OTAN "sans débat parlementaire", le jeune eurodéputé a fustigé la politique de Nicolas Sarkozy. "L'objectif n'est pas d'être à l'aile gauche du parti socialiste, l'objectif c'est que le parti socialiste reste un parti de gauche", a déclaré Henri Emmanuelli lors de cette réunion à laquelle participaient Laurent Fabius, Marylise Lebranchu et le politologue Emmanuel Todd.
Par ailleurs, les strauss-kahniens et les amis d'Arnaud Montebourg ont présenté dimanche à Paris leur contribution menée par Pierre Moscovici, qualifiée de "discours de la méthode" pour les prochaines échéances électorales. Le député du Doubs, candidat au poste de premier secrétaire, a voulu présenter un texte qui soit "une vraie force" pour "proposer un chemin pour gagner en 2012" en évitant trois "écueils": "présidentialisation du parti, (...) immobilisme et combinaisons". Cette contribution, intitulée "besoin de gauche", se veut un "premier rassemblement" et non un "catalogue". Elle n'est "pas le pré-programme d'un présidentiable", mais veut "proposer une cohérence", a-t-il souligné.
Pour le député Arnaud Montebourg, cette contribution est "la feuille de route de la mutation du parti socialiste". "C'est une manière de dire au moment où la gauche doit se reconstruire, car elle est en miettes, c'est un peu une honte que le PS ait pour seule réponse des luttes de pouvoirs et de personnes". "Nous voulons un contrat de gouvernance avec un plan de travail, des tâches extrêmement précises et non pas un vague blanc-seing pour une équipe", a déclaré le député Jean-Christophe Cambadélis, qui a qualifié le PS de "coordination de barons, et une coordination de barons ça ne fait pas un parti".
"Le PS est actuellement la meilleure machine pour désigner un candidat qui va perdre", a assuré Thierry Mandon, maire de Ris-Orangis, pour qui "nous sommes pour la primaire car elle permet de travailler pendant deux ans, sans positionnement tactique, sur le fond". La contribution est un "succès", a estimé Jean-Christophe Cambadélis, indiquant qu'elle avait été signée par "plus de 35 parlementaires, douze premiers fédéraux, huit présidents de conseils généraux, trois présidents de région, près de 2.000 signataires, plus de 40 signatures du Conseil national". Ont notamment signé le président francilien Jean-Paul Huchon, les députés Jean-Marie Le Guen, Marisol Touraine, François Pupponi, Gilbert Le Bris ou l'eurodéputé Catherine Trautmann.
Enfin, le député PS (rénovateur) de la Nièvre, Gaëtan Gorce, a rendu publique lundi sa contribution pour le congrès de Reims et réclamé une "rupture" avec le mode de fonctionnement actuel du PS, perclus de "baronnies", plaidant pour la désignation d'un "leadership clair". Alors que les autres contributeurs (une douzaine) se targuent du nombre de signatures en bas de leur texte, Gaëtan Gorce souligne que le sien est défendu seulement par Louis Gautier (délégué aux questions stratégiques).
Quant à Manuel Valls, rénovateur comme lui, il a préféré signer la contribution de Gérard Collomb (maire de Lyon) et Jean-Noël Guérini (président du conseil général des Bouches-du-Rhône). Ces derniers souhaitent faire entendre la voix des grands élus de province, notamment après leur victoire aux élections locales de mars, en rejetant les discussions d'appareil parisiennes.
DEPECHE AFP
Contribution de Gaëtan Gorce (rénovateur), pour rompre avec le système PS
30 juin 2008
Le député PS rénovateur, Gaëtan Gorce, a rendu publique lundi sa contribution pour le Congrès de Reims et réclamé une "rupture" avec le mode de fonctionnement actuel du PS, perclus de "baronnies", plaidant pour la désignation d'un "leadership clair".
Alors que les autres contributeurs - une douzaine de contributions générales sont présentées - se targuent du nombre de signatures en bas de leur texte, Gaëtan Gorce souligne que le sien est défendu seulement par Louis Gautier (délégué aux questions stratégiques).
Quant à Manuel Valls, rénovateur comme lui, il a préféré signer la contribution de Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini. "Manuel souhaite s'exprimer de manière à lui garantir des perspectives dans le parti", a estimé le député de la Nièvre.
Pour M. Gorce, l'échec du PS vient des "arrangements entre les courants et les baronnies locales" et "si on ne déverrouille pas on va finir comme la IVe République". "La façon dont se prépare ce Congrès ne peut que confirmer nos craintes", dit-il.
"Comment ce ballet absurde peut-il encore convaincre", s'interroge-t-il, en accusant les poids lourds du parti de mener "une bataille pour le pouvoir" dans la perspective de la présidentielle. "Aucune des contributions ne rompt avec le système en place au PS".
La solution, selon lui, passe par "une rupture avec le système", "ceux qui l'incarnent, et la manière dont ils le dirigent".
"Il faut d'abord nous doter d'un leadership clair", estime M. Gorce qui propose que "le premier secrétaire soit élu avant le Congrès pour que sa légitimité ne doive rien aux courants et tout aux militants".
Pour rompre avec les courants qui "ankylosent" le parti il propose aussi d'en finir avec "la règle de la proportionnelle" pour la désignation de la direction.
Se prévalant d'une "approche mendésiste", il estime par ailleurs que le PS ne doit pas se réfugier dans "l'opposition systématique", "retrouver la logique de l'intérêt général" et faire des contre-propositions.
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Pourquoi cette contribution, par Gaëtan Gorce
Une contribution?
Était-ce bien nécessaire? diront les grincheux, les mécontents les sceptiques, les désabusés.
Eh bien oui! Simplement pour ne pas se résigner! Pour ne pas baisser les bras devant l'indolence dans laquelle la plupart de nos dirigeants ont choisi de s'enfermer. Il fallait un changement radical: on nous propose la simple répétition des épisodes précédents.
Trois défaites consécutives à la présidentielle n'auront pas suffit. Quel choc devra donc encaisser notre parti pour que nos équipes dirigeantes consentent à se remettre en cause. Cette indifférence aux événements cette inattention répétée aux causes qui les produisent, voilà ce qu'il ne faut cesser de dénoncer.
La logique était donc de continuer à le faire malgré l'impasse dans laquelle nous enferme la procédure désuète des contributions et des motions. Simple manière de dire à celles et ceux qui se désespèrent, se désolent, de ne pas renoncer, d'associer à un jugement qui peut et doit être sévère une volonté de prendre date. Manière de dire au fond que l'on est pas dupes sans être non plus sans ressources.
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30.06.2008
LA CONTRIBUTION
"Aux militants"
Cher(e) s camarades,
Le monde bouge ; notre société change : pourquoi pas la gauche?
Là se trouve la clef de nos trois défaites consécutives à l’élection présidentielle !
Là se trouve la clef de notre difficulté à convaincre les Français !
Depuis trop longtemps, les querelles de personnes, les ambitions de présidentiables, ont supplanté la réflexion collective et le débat d’idées.
Depuis trop longtemps, le Parti est géré par cooptation à travers des arrangements conclus entre des chefs de courant et de grandes baronnies locales, au détriment de la clarté et du courage politique.
La façon dont se prépare ce Congrès ne peut que conforter nos craintes. Au lieu de provoquer un renouvellement rapide des équipes, comme des idées, la direction a choisi, comme toujours, de temporiser. Or, les mêmes méthodes ne pourront produire que les mêmes résultats !
Pourtant, les Français attendent de nous un changement radical qui nous permette de retrouver un élan et d’offrir une alternative. Pour cela, il nous faut sortir de la confusion. C’est ce à quoi nous vous proposons de travailler. Nous ne sommes soutenus par aucune grande fédération ; aucune liste de signataires médiatiques. Nous ne voulons compter que sur notre force de conviction. Nous ne voulons compter que sur votre appui, parce que nous savons qu’au fond de vous-même, vous en avez assez de cette situation qui réduit chaque militant, au mieux, au rôle de supporter, au pire, à celui de spectateur.
Cette contribution vous appelle à vous mobiliser, pour porter, par le vote militant, les changements dont la gauche a besoin!
Rien ne sera possible sans une transformation radicale des modes de fonctionnement de notre parti. C’est à une rupture avec le système en place, ceux qui l’incarnent et la manière dont ils le dirigent qu’il faut procéder. Le parti ne travaille plus, ne pense plus. Il ne faut pas s’étonner qu’il ne gagne plus. La raison en est simple : le pouvoir au parti socialiste ne se renouvelle plus et l’esprit collectif s’est perdu.
Notre parti, qui rêve d’une VIe République, a succombé depuis longtemps aux délices de la IVe. Et si la direction reste stable, c'est au prix d'une totale inertie et d'une composition pléthorique. Ses structures, pourtant, sont encore solides : un réseau militant qui couvre tout le territoire et que l'espoir peut rassembler comme l'a montré le succès de la campagne des nouvelles adhésions en 2006 ; un nombre considérable d'élus locaux dotés d'une légitimité et d'une expertise incontestables ; une position électorale, stratégique, centrale, forte, décisive, que les échecs répétés aux élections nationales n’ont en réalité pas entamé.
Il existe donc un potentiel ! Encore faut-il le valoriser, le renforcer, l’élargir. L’enjeu est clair. C’est la reconquête et la mobilisation de ses milliers de militants, ses centaines de milliers d’électeurs en provenance du PS mais aussi du reste de la gauche et pour partie du centre, aujourd’hui en déshérence. C'est d'eux que viendra la régénération de notre parti.
L’organisation à construire devra donc être avant et par-dessus tout attractive et démocratique, c'est-à-dire le contraire d’un appareil coopté malthusien. La formule des adhérents à 20 euros a ouvert la voie : l’adhésion peut et doit prendre plusieurs formes comme la citoyenneté moderne qui en est le fondement. A motivation différente, réponse adaptée. Une telle évolution devra s’accompagner de la création de sections thématiques, en plus des sections territoriales, pour permettre, à celles et ceux qui le souhaitent, d’apporter leur compétence, leur expérience et leur contribution à l’approfondissement de la réflexion collective. Une telle démarche supposera aussi une véritable formation de nos cadres dont un réseau devra pouvoir organiser, animer les réunions. Se dessinera alors un parti moderne, citoyen, bouillonnant à la base, offrant à ses membres une vraie capacité de mobilisation et d’expression.
Cette modernisation devra s’accompagner, comme un pendant naturel, d’une vraie démocratisation, c'est-à-dire de la mise en place de mécanismes de vote individuel, garantissant la primauté des choix des membres sur ceux des dirigeants. A la méthode surannée des motions, supposée couvrir tous les sujets, devra succéder un vote par thème, garant de la clarté des orientations politiques et de l’adhésion des membres. D’où l’idée de transformer l’Université de La Rochelle, en conférence nationale annuelle, lieu de travail et de débat, où le poids des adhérents serait garanti par un principe simple : un représentant élu par section constituerait cette assemblée appelée à se prononcer sur la position que prendra le parti sur l’ensemble des dossiers d’actualité ou à venir. Cette démocratie semi-directe sera la meilleure manière de garantir la participation de tous et la sincérité des votes, tout en dépassant l’influence et la captation de pouvoir par les anciens courants et leurs dirigeants. Pour que le parti légal corresponde, enfin, au parti réel.
Cette rénovation, seul un leadership fort permettra de l'enclencher ; il est vain d'attendre des écuries qu'elles se réforment d'elles-mêmes. Il faut changer de logique et se doter d’un Premier secrétaire élu avant le congrès pour que sa légitimité ne doive rien aux courants, et tout aux militants qui l'auront choisi sur un contrat clair de rénovation. Mandat qu'il devra remettre à la disposition des militants après chaque élection nationale, afin de ne plus transiger avec le principe de responsabilité. En bref, le contraire de ce qui nous est aujourd'hui proposé.
Enfin, cette dynamique nouvelle devra se traduire, dès le congrès passé, par le lancement d’Assises de l’Alternative, destinées non à des états-majors à bout de souffle, mais à toutes celles et tous ceux qui, militants politiques, associatifs ou syndicaux, ou simples citoyens, veulent contribuer à rénover et à réorganiser la gauche. L’extrême gauche, ou le centre, ne peuvent constituer une menace que si le Parti socialiste renonce, par ses divisions, sa frilosité, à assumer, par un projet dynamique et une organisation novatrice, ses responsabilités.
Les solutions que nous préconisons supposent une rupture. Rupture avec les habitudes d’un parti ankylosé par ses courants, rupture par conséquent avec une règle, la proportionnelle qui ne sert plus que de prétexte à la préservations d'intérêts acquis. Cela ne signifie pas la disparition des sensibilités. Dotées d’un véritable statut, représentées dans les commissions nationales, elles contribueraient au contraire à nourrir notre réflexion. Mais leur rôle ne devra plus être étendu à la sélection des candidats, à la direction ou aux fonctions électives qui devront répondre au contraire à des critères politiques partagés : promouvoir les femmes, la diversité, en somme, le renouvellement indispensable à la vitalité d’une grande organisation.
Changeons le parti : mais aussi notre manière de faire de la politique !
À la démagogie sarkozyste, la gauche doit opposer un discours du bien commun et de l’intérêt général. Nos concitoyens sont plongés dans un profond désarroi. La défiance civique est à son comble et explique, pour une large part, l’inquiétude que suscite toute perspective de changement économique et social, pourtant rendu indispensable par la situation dans laquelle se trouve le pays.
Notre premier devoir est de rétablir la confiance des Français dans l’action politique. Le déficit de nos comptes publics et d’abord sociaux jette un doute sur l’avenir de notre système de solidarité. Le poids de notre endettement laisse craindre aux plus modestes d'être les premières victimes des ajustements à venir. Face aux décisions à prendre, le PS a depuis des années choisi de ne pas choisir. Cette frilosité est devenue insupportable. La gauche doit au contraire se fixer pour priorité de dire la vérité et d’agir en sincérité. Elle y gagnera sa crédibilité.
Nos concitoyens sont suffisamment au fait des réalités et des difficultés du pays pour ne plus prendre pour argent comptant les promesses trop faciles ou plutôt, pour faire la part de ce qui relève de la surenchère électorale et du vrai courage politique. Prisonnière de ses clientèles, la droite s’en est éloignée. Libérée de la foi dans le rôle messianique de la classe ouvrière, la gauche est ainsi seule à même de retrouver la logique de l’intérêt général. Entre des nécessités contradictoires mais toutes aussi légitimes (comment assurer à la fois l’avenir des retraites, un niveau convenable de pension et la limitation des prélèvements publics qui pénalisent le pouvoir d'achat ; comment concilier l’enjeu d’une croissance plus dynamique et celui d’un développement durable ; comment arbitrer entre les besoins du court et du long terme), il n’existe plus aujourd’hui de solutions toutes faites. Ce ne sont ni les préjugés idéologiques, ni une vision binaire de la société qui devront nous guider, mais le sens de l’intérêt général par opposition à toutes les formes de lobbying, de corporatisme ou de démagogie.
C'est enfin le moyen de revivifier notre démocratie. Dans une société moderne l’émergence de l’intérêt commun ne pourra être que le résultat d’un débat organisé à multiples facettes, articulant les dimensions de la démocratie sociale, de l’intervention citoyenne et de la délibération parlementaire. Il doit être une construction, pas un principe, ni une affirmation. Conçu comme le produit d’un processus dans lequel doivent pouvoir intervenir toutes les forces concernées et les arguments recevables, au terme duquel le politique, en transparence et en sincérité, assume la responsabilité de la décision, l’intérêt général n’a plus grand-chose à voir avec la vieille formule légitimant l’intervention de la puissance publique inventée au début de la République. Il ne se confond plus avec la prérogative de l’État et se veut au contraire l’expression de la volonté collective d’une société riche de sa diversité et de ses questionnements. Il prend acte de la complexité des enjeux qu’il intègre ; il refuse de céder à la dictature du marché comme de l’actualité ; il vise à exprimer simplement la vérité d’une démocratie moderne.
En somme, c'est à une approche mendésiste que nous en appelons, fondée sur la pédagogie, le réalisme, le respect des citoyens et l'attachement aux valeurs morales qui sont au cœur de l'engagement politique.
La gauche en arrive aujourd’hui à une nouvelle étape de son histoire. D’abord républicaine, tout au long du XIXe siècle, puis radicale et enfin socialiste, elle entre désormais dans une nouvelle ère qui suppose, comme à chaque étape, le dépassement de son identité précédente.
À chaque mutation du capitalisme, elle a su apporter une réponse appropriée à l’exigence de démocratie et de justice sociale. Au socialisme économique du XIXe siècle a succédé la sociale démocratie, que ses différentes tentatives de réformes, à travers notamment la 3ème voie, n’ont pas réussi à préserver d’un incontestable essoufflement. C’est par conséquent une voie nouvelle qu’il faut aujourd’hui inventer.
Pour y parvenir, il nous faudra d'abord changer notre vision de la mondialisation. Celle-ci reste trop souvent perçue comme une défaite symbolique. Elle constitue en réalité un formidable défi : la redistribution des cartes qui s’opère à l’échelle mondiale nous oblige à nous poser la question de la place que notre pays occupera demain. Or, la France n’est plus qu’au 12ème rang du revenu par tête de l’Union européenne. La part de ses exportations dans le commerce mondial ne cesse de régresser. Ses universités n’apparaissent plus dans le top 50 de l’intelligence mondiale. Il ne s’agit pas là d’entonner le refrain du déclin, mais de prendre conscience de la réalité. Nous ne pourrons atteindre aucun de nos objectifs de solidarité et de justice à l’intérieur, d’influence, de paix et de régulation des marchés à l’extérieur, si nous ne pesons plus d’un poids suffisant dans le rapport des forces mondiales.
C’est cette ambition que la gauche doit assumer. Sa réponse aux changements du monde ne peut être ni la résignation, ni le repli nationaliste mais la construction d’un projet offensif qui mette au cœur l’innovation, le changement, le projet européen et l'ouverture sur le monde. Internationalistes hier, nous devons être mondialistes aujourd'hui, ce qui implique aussi de reconnaître que l'État-Nation, aujourd’hui encore seul cadre d'expression démocratique et seul garant du contrat social, a un rôle majeur à jouer en interne, c’est une évidence, mais aussi sur la scène internationale face aux violences et aux dérégulations.
C’est dans ce contexte que nous devons aussi changer notre vision de l’Europe. La construction européenne est à la fois en panne et en crise. On ne peut sortir de cette impasse en tournant le dos aux sentiments du citoyen-électeur, qui exprime sa réticence à l’égard des orientations prises par l’Union.
Les dirigeants politiques de l'Europe sont en grande partie responsables de cette désaffection. Ils n'ont pas su accompagner par des efforts d’explication et d’encadrement l’impact des derniers élargissements, quand ils ne sont pas défaussés de leurs responsabilités sur le dos de la technocratie bruxelloise. On ne pourra relancer l’Europe en s’obstinant sur la seule réforme des institutions, au demeurant peu intelligible et secondaire pour les électeurs, ni en minant par des conflits récurrents, notamment franco-allemand, le cœur de la construction européenne. Il faut relancer l’Europe par des projets politiques, sur l’immigration, la politique agricole, l’énergie, la défense. En privilégiant des solutions de coopération, limitées si nécessaire aux seuls États volontaires, non dans une logique de noyau dur, mais de groupes pionniers permettant une intégration politique plus forte des États qui le souhaitent.
L'Europe a un rôle central à jouer dans la garantie de la sécurité internationale. À cet égard, le PS a manqué le rendez-vous de la sécurité intérieure dans les années 1990, il ne peut rater celui de la sécurité internationale quand les enjeux s'interpénètrent aujourd'hui. Cela veut dire qu’il doit mettre au premier plan son engagement au sein du PSE, promesse toujours renouvelée et jamais concrétisée !
Il nous faut enfin changer notre vision de la société et cesser de voir dans la montée de l’individualisme, l’adversaire de la solidarité. La gauche ne doit être prisonnière d’aucun système, ni d’aucune institution, mais garder toujours comme priorité le respect de l’individu et la justice sociale. Cette demande n’a jamais été aussi forte. Elle ne peut être satisfaite par la seule augmentation de l’impôt et de la dépense publique. Elle appelle au contraire une vraie réforme de l’État, de notre service public et de notre système de protection sociale pour garantir leur efficacité, c'est-à-dire que les objectifs d’égalité des chances de redistribution et de solidarité qui leur sont fixés constituent toujours le cœur de leur organisation et de leur fonctionnement. Nous devons avoir conscience que notre société s’est bloquée, figée, et que nos concitoyens ont la conviction que leur destin est écrit une fois pour toute, brisant la promesse républicaine de l’égalité des chances. L’enjeu est donc de remettre notre société en mouvement et de revoir nos politiques autour de cette ambition. Notre stratégie ne peut se limiter à défendre notre système social. Nous devons au contraire nous faire les artisans de sa réforme. C’est la meilleure garantie de son avenir.
Cette vision de la société doit nous conduire à prendre en compte les nouveaux visages de la France dans sa diversité ; à reconsidérer l’enjeu des libertés face à l’apparition de nouveaux systèmes de surveillance. La fermeté à l’égard de toutes formes de menace, de la lutte contre la délinquance à la prévention du terrorisme doit s’accompagner d’une vigilance et d’un contrôle démocratique accru. Libertés et sécurité sont indissociables. C’est la citoyenneté, dans toutes ses composantes, mélange de droits et de devoirs, de responsabilités et de sûreté, qu’il faut réveiller.
Telles sont les raisons qui nous ont conduit à vous présenter cette contribution. Nous le faisons en toute liberté, affiliés à aucune chapelle, ne dépendant d'aucun leader. C'est cette liberté qui nous conduit à revendiquer pour notre parti et pour la gauche du courage et de la clarté. Renoncer aux préjugés, aux visions toute faites, ne plus céder aux seules préoccupations de pouvoir pour entamer une rénovation en profondeur de notre projet politique et une réorganisation radicale de notre organisation : voilà la seule ambition qui nous porte et à laquelle nous vous invitons à vous associer.
Gaëtan Gorce député de la Nièvre, membre du Bureau national et Louis Gautier délégué national du PS aux questions stratégiques.
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Communiqué de presse
Nous avons, ce matin, présenté à la presse notre contribution, sobrement intitulée «Aux militants» : c'est à eux que nous en appelons pour sortir le PS de l'impasse dans laquelle le conservatisme des structures et des équipes dirigeantes l'ont enfermé.
Nous en appelons d'abord à un changement radical du PS. Il faut libérer le parti de l'inertie des courants et des écuries présidentielles. Ce n'est pas d'eux que pourra venir la rénovation. C'est la raison pour laquelle nous devons tirer la leçon de la bipolarisation de notre système politique pour nous doter d'un véritable leadership capable de mettre en route la double réforme, des idées comme du fonctionnement du PS.
C'est à partir de cette dynamique que nous pourrons lancer les Assises de l'Alternative, ouvertes à tous ceux qui, au delà des états-majors essoufflés, veulent contribuer à régénérer la gauche.
Nous appelons également à une approche politique renouvelée, fondée sur les valeurs mendésistes : courage, clarté et pédagogie.
A nos yeux, il est donc nécessaire de dépasser l'opposition artificielle entre les gardiens du dogme, les fondamentalistes du socialisme, et les sociaux-démocrates. Il faut sortir de ce ballet de l'absurde dont la cadence s'accélère à l'approche du Congrès et inventer une voie nouvelle. Celle de la gauche des trois M : pour un PS Mature, Moderne et Mendésiste.
Ces thèmes sont ceux qui sont développés dans le livre de Louis Gautier, Table rase, paru en avril dernier et dans le livre de Gaëtan Gorce à paraître en octobre chez Ligne de Repères.
Gaetan Gorce, député PS de la Nièvre, membre du bureau national et Louis Gautier, délégué national du PS aux questions stratégiques.
14:03 Publié dans Communiqués | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : contribution, gaëtan gorce, louis gautier, ps, congrès
28.06.2008
La campagne interne au PS met en lumière l'isolement de Ségolène Royal
FRANCE
Alors que le combat pour la direction du parti se durcit, l'ex-candidate à la présidentielle fait l'unanimité contre elle.
Sylvain Besson, Paris
Samedi 28 juin 2008
Ségolène Royal est au pied du mur. Ce samedi, l'ex-candidate à la présidentielle présente un texte définissant sa ligne politique en vue du congrès qui désignera le nouveau leader du Parti socialiste, en novembre prochain. Le 8 juillet, elle sortira, en collaboration avec le grand sociologue Alain Touraine, un livre destiné à donner substance et sérieux à sa démarche*. Cette séquence ressemble fort à l'offensive de la dernière chance, tant Ségolène Royal paraît isolée au sein de son parti.
Mauvais sondages
Depuis quelques jours, en effet, ses rivaux multiplient les amabilités les uns envers les autres. Bertrand Delanoë, le maire de Paris, aimerait travailler avec Martine Aubry, la maire de Lille, et François Hollande, le premier secrétaire actuel, qui quittera son poste en novembre. Martine Aubry se sent soudain proche de Laurent Fabius, postulant malheureux à la candidature présidentielle en 2006. Mais personne ne tend la main à Ségolène Royal.
Bien sûr, chacun assure que l'ancienne candidate sera bienvenue le jour où un large rassemblement se dessinera entre les dirigeants socialistes. Mais cela est dit avec un tel manque de chaleur, des mines si fermées et des phrases si convenues («tous les socialistes ont un rôle à jouer») que l'isolement de la présidente du Poitou-Charentes n'en est que plus grand.
Et puis, il y a les sondages. Ils ne sont pas bons: une enquête récente montre que Ségolène Royal est distancée, dans le rôle de meilleur opposant à Nicolas Sarkozy, par Olivier Besancenot, le champion de la gauche radicale, et aussi par son concurrent direct, Bertrand Delanoë.
Mais Ségolène Royal ne s'avoue pas vaincue. Dans son livre, elle dit préférer une «bonne querelle» et un «vrai débat, aussi tendu soit-il», à un consensus mou qui se ferait à ses dépens. L'une de ses proches, la députée Delphine Batho, voit derrière les manœuvres de ses rivaux la «mécanique du vieux Parti socialiste» et sa tendance à «reproduire des alliances de bric et de broc». «Attention, dit-elle, à ne pas faire un congrès en hibernation, avec des socialistes tournés vers eux-mêmes et leurs petits problèmes.»
Reste que la dynamique n'est pas, ou n'est plus, du côté de Ségolène Royal. Nombre de barons régionaux qui l'avaient soutenue durant la campagne présidentielle l'ont abandonnée. «Je connais beaucoup de gens qui se sentaient en phase avec elle et qui ont pris leurs distances, explique un proche de Martine Aubry. Et je ne connais personne qui se serait rapproché d'elle après avoir été éloigné.»
Louis Gautier, cadre socialiste et auteur d'un livre sur la crise idéologique de la gauche**, pense que Ségolène Royal a loupé le coche en ne tentant pas de s'emparer du PS tout de suite après l'élection présidentielle: «Elle a perdu l'allant qu'elle avait au départ, estime-t-il. Il faut toujours battre le fer pendant qu'il est chaud.»
L'ultime espoir de l'ex-candidate, ce sont les militants. Depuis un an, ils ont déserté en masse le parti, dont les effectifs sont passés d'environ 230000 à 161000 membres. Si Ségolène Royal parvient à les remobiliser, surtout les jeunes, elle peut encore ranimer l'élan qui lui avait permis de remporter la course à l'investiture présidentielle en 2006. Dans tous les cas, avertit Louis Gautier, elle ne se laissera pas écarter sans lutter: «On ne se débarrassera pas d'elle sans un combat à la loyale.»
* Si la gauche veut des idées, Ségolène Royal et Alain Touraine, chez Grasset.
** Table rase, Y a-t-il encore des idées de gauche?, Louis Gautier, Paris, Flammarion, 2008.
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