29.07.2008

Gaëtan Gorce interviewé par France-Soir

PS - Gaëtan Gorce : “Le congrès de Reims va dans le mur”

Aurore Merchin, le mercredi 23 juillet 2008

Les « rénovateurs » Gaëtan Gorce, Manuel Valls, Christophe Caresche et le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen s’interrogent « sur la pertinence de la stratégie du Parti socialiste ». Trop tard ?

FRANCE-SOIR. Au lendemain de l’adoption de la réforme constitutionnelle, vous signez dans Le Monde une tribune virulente contre la direction du PS. Pourquoi pas la veille ?
GAËTAN GORCE.
La stratégie du PS a échoué. Au lieu de nous concentrer sur les véritables enjeux pour obtenir un compromis et élever le débat, on a nous a fait voter contre au motif de ne pas faire de cadeau à Nicolas Sarkozy. Nous aurions pourtant pu faire nôtres certaines propositions. Notre position étant minoritaire à l’intérieur du groupe, nous nous sommes inclinés et avons voté contre notre point de vue. Nous avons été disciplinés et loyaux jusqu’au bout, maintenant nous retrouvons notre liberté.

Jack Lang, qui a choisi à l’inverse de se déterminer en fonction du fond et non des combats politiciens, est vivement critiqué. Qu’en pensez-vous ?
Je n’approuve pas son choix mais je le respecte. Il est cohérent, mais il est dommage de se placer en marge du PS. Nous, nous préférons le rénover de l’intérieur.

Mais en dénonçant la « mauvaise foi » du PS, son « antisarkozysme pavlovien », son « attitude négative et stérile », vous vous marginalisez…
On peut nous caricaturer, ça m’est indifférent. Je ne suis dans aucun calcul, aucune tactique. Face à une direction incapable de faire un retour sur soi et de s’interroger, il est de mon devoir de dénoncer en permanence ses faiblesses. Son hégémonie et son conservatisme sont symétriques à l’attitude de Nicolas Sarkozy, qui en se comportant en chef de clan a, lui aussi, une responsabilité très forte.

Vous n’avez pas peur de devenir les socialistes préférés de la droite ?
La stratégie de Nicolas Sarkozy, son seul objectif est d’affaiblir l’opposition et de détruire ses adversaires. Il n’a pas intérêt à la rénovation du PS. C’est donc logique que la majorité s’accapare notre initiative pour la disqualifier. Mais nous ne nous sommes jamais laissé instrumentaliser.

Vous proposez de « moderniser le clivage droite-gauche ». Comment ?
Ce clivage est toujours pertinent. S’il était factice sur les institutions, il reste d’actualité en ce qui concerne l’égalité des chances, la justice sociale et fiscale, la politique internationale. Mais il nous faut le réactualiser. Penser que la droite privilégie la réussite individuelle et la gauche le collectif est caricatural. L’individu n’est pas l’ennemi de la solidarité, à nous de démontrer que seuls des services publics réformés sont de nature à l’émanciper.

Le congrès de Reims approche. Sur quoi va-t-il selon vous déboucher ?
Il va dans le mur. Je me force à être pessimiste pour avoir de bonnes surprises, mais nous sommes prisonniers d’un système dit « des éléphants » et de la proportionnelle qu’une génération maintient pour conserver les responsabilités. S’il est conflictuel, ce sera la catastrophe ; s’il est consensuel, on évitera les sujets qui fâchent. Face à une opinion publique de gauche désespérée, combien de temps supportera-t-on encore les errements du PS ?

[Edition France Soir du mercredi 23 juillet 2008 n°19856 page 4]

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