28.06.2008
La campagne interne au PS met en lumière l'isolement de Ségolène Royal
FRANCE
Alors que le combat pour la direction du parti se durcit, l'ex-candidate à la présidentielle fait l'unanimité contre elle.
Sylvain Besson, Paris
Samedi 28 juin 2008
Ségolène Royal est au pied du mur. Ce samedi, l'ex-candidate à la présidentielle présente un texte définissant sa ligne politique en vue du congrès qui désignera le nouveau leader du Parti socialiste, en novembre prochain. Le 8 juillet, elle sortira, en collaboration avec le grand sociologue Alain Touraine, un livre destiné à donner substance et sérieux à sa démarche*. Cette séquence ressemble fort à l'offensive de la dernière chance, tant Ségolène Royal paraît isolée au sein de son parti.
Mauvais sondages
Depuis quelques jours, en effet, ses rivaux multiplient les amabilités les uns envers les autres. Bertrand Delanoë, le maire de Paris, aimerait travailler avec Martine Aubry, la maire de Lille, et François Hollande, le premier secrétaire actuel, qui quittera son poste en novembre. Martine Aubry se sent soudain proche de Laurent Fabius, postulant malheureux à la candidature présidentielle en 2006. Mais personne ne tend la main à Ségolène Royal.
Bien sûr, chacun assure que l'ancienne candidate sera bienvenue le jour où un large rassemblement se dessinera entre les dirigeants socialistes. Mais cela est dit avec un tel manque de chaleur, des mines si fermées et des phrases si convenues («tous les socialistes ont un rôle à jouer») que l'isolement de la présidente du Poitou-Charentes n'en est que plus grand.
Et puis, il y a les sondages. Ils ne sont pas bons: une enquête récente montre que Ségolène Royal est distancée, dans le rôle de meilleur opposant à Nicolas Sarkozy, par Olivier Besancenot, le champion de la gauche radicale, et aussi par son concurrent direct, Bertrand Delanoë.
Mais Ségolène Royal ne s'avoue pas vaincue. Dans son livre, elle dit préférer une «bonne querelle» et un «vrai débat, aussi tendu soit-il», à un consensus mou qui se ferait à ses dépens. L'une de ses proches, la députée Delphine Batho, voit derrière les manœuvres de ses rivaux la «mécanique du vieux Parti socialiste» et sa tendance à «reproduire des alliances de bric et de broc». «Attention, dit-elle, à ne pas faire un congrès en hibernation, avec des socialistes tournés vers eux-mêmes et leurs petits problèmes.»
Reste que la dynamique n'est pas, ou n'est plus, du côté de Ségolène Royal. Nombre de barons régionaux qui l'avaient soutenue durant la campagne présidentielle l'ont abandonnée. «Je connais beaucoup de gens qui se sentaient en phase avec elle et qui ont pris leurs distances, explique un proche de Martine Aubry. Et je ne connais personne qui se serait rapproché d'elle après avoir été éloigné.»
Louis Gautier, cadre socialiste et auteur d'un livre sur la crise idéologique de la gauche**, pense que Ségolène Royal a loupé le coche en ne tentant pas de s'emparer du PS tout de suite après l'élection présidentielle: «Elle a perdu l'allant qu'elle avait au départ, estime-t-il. Il faut toujours battre le fer pendant qu'il est chaud.»
L'ultime espoir de l'ex-candidate, ce sont les militants. Depuis un an, ils ont déserté en masse le parti, dont les effectifs sont passés d'environ 230000 à 161000 membres. Si Ségolène Royal parvient à les remobiliser, surtout les jeunes, elle peut encore ranimer l'élan qui lui avait permis de remporter la course à l'investiture présidentielle en 2006. Dans tous les cas, avertit Louis Gautier, elle ne se laissera pas écarter sans lutter: «On ne se débarrassera pas d'elle sans un combat à la loyale.»
* Si la gauche veut des idées, Ségolène Royal et Alain Touraine, chez Grasset.
** Table rase, Y a-t-il encore des idées de gauche?, Louis Gautier, Paris, Flammarion, 2008.
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