02.07.2008

Revue de presse

Au PS, le débat d'idées peine à émerger malgré les nombreuses contributions

LE MONDE | 02.07.08 | 14h33

Les adhérents du Parti socialiste ne manqueront pas de lecture pour l'été. Le Conseil national, mercredi 2 juillet, devait enregistrer le dépôt de quinze à vingt contributions générales. Sachant que chaque texte peut atteindre 97 000 signes et qu'en général leurs auteurs mettent un point d'honneur à y parvenir, c'est un volumineux courrier que les socialistes vont recevoir à leur domicile. Revue des nombreuses confluences et des quelques zones d'ombre.

LES ACCORDS


L'état du PS. Le PS va mal et chacun le dit à sa manière. "Nous n'avons plus des courants, mais des clans où les complicités d'hier se transforment souvent en rancoeurs et haines tenaces" (texte de Gérard Collomb, maire de Lyon, et Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône). "Nous continuons à offrir le visage de la division et des ambitions personnelles" (Martine Aubry, maire de Lille). "La France va mal, elle a besoin de nous, elle nous attend, elle nous appelle, elle nous cherche, mais elle ne nous trouve pas, elle ne nous reconnaît pas, elle ne nous comprend pas" (Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes). "Depuis trop longtemps, le PS est géré par cooptation à travers des arrangements conclus entre des chefs de courant et de grandes baronnies locales, au détriment de la clarté et du courage politique" (Gaëtan Gorce, député de la Nièvre).

L'écologie. Pas une contribution qui, dans le sillage de la nouvelle déclaration de principes, ne mette en exergue, avec plus ou moins de lyrisme et à grand renfort de données statistiques, "l'urgence environnementale" et ne plaide pour le développement durable. La contribution du nouveau " pôle écologique" du PS se distingue en refusant toute baisse de la fiscalité pétrolière, en préconisant l'abandon de la filière des réacteurs nucléaires EPR de troisième génération et de certains projets d'autoroutes. Fiscalité et politique économique. La fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu fait consensus, de même que la suppression des "niches fiscales". Mme Royal souhaite généraliser le prélèvement à la source et "prélever l'impôt sur le revenu au niveau de l'individu et non du couple, pour ne pas pénaliser l'activité des femmes". Pour favoriser l'emploi, le calcul des cotisations à partir de la valeur ajoutée, et non des salaires, est aussi largement proposé. De même que le fait de conditionner aides et exonérations de charges à la conclusion d'accords salariaux ou de les réserver aux PME exposées à la concurrence internationale.

LES CONVERGENCES


Réformer l'Etat-providence. L'unanimité est complète autour du concept de "Sécurité sociale professionnelle" afin de permettre notamment au salarié de se former tout au long de sa vie. Un accord général se dessine pour réorienter les dépenses publiques et combattre les inégalités à la source. Dans son texte, Mme Royal appelle de ses voeux à un "Etat préventif", Mme Aubry à un "Etat prévoyant", le maire de Paris, Bertrand Delanoë, à un "Etat social prévoyant" et Pierre Moscovici, pour les strauss-kahniens, à "un nouveau modèle d'Etat-providence". Plus réservé, le texte signé par Henri Emmanuelli et Benoit Hamon, coanimateurs du NPS, défend le principe d'un "Etat innovateur et régulateur". Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l'Essonne, se singularise en réclamant l'abrogation de la réforme des retraites et le relèvement de l'impôt sur les sociétés. Quant au mouvement Utopia, présent au sein du PS et chez les Verts, il conteste la prééminence de "la valeur travail" et propose une nouvelle réduction du temps de travail.

Créer un fonds souverain. La contribution des fabiusiens, celle de MM. Emmanuelli et Hamon, et celle de M. Delanoë suggèrent la constitution d'un fonds souverain à travers la Caisse des dépôts. Sa mission : soutenir les PME, voire investir dans les pays émergents. Les alliances. Mme Royal entend "rassembler la gauche, toute la gauche" puis "attirer les démocrates", c'est-à-dire "tous ceux qui se reconnaîtront dans notre conception de la République et de la démocratie". Les fabiusiens ne disent pas autre chose : le "rassemblement de la gauche n'exclut pas de nous ouvrir à d'autres démocrates qui souhaiteraient (...) une autre majorité pour le pays". "Nous voulons faire partager (notre projet) par les autres formations politiques de progrès", note Mme Aubry, alors que le texte Collomb-Guérini revendique "des alliances dynamiques, nouvelles, novatrices". La contribution de M. Delanoë ne fait pas de cette question un casus belli mais presse "ceux qui se définissent aujourd'hui comme centristes de choisir leur chemin". Pas d'accord, M. Mélenchon exhorte les socialistes "à faire le choix clair de l'union des gauches sans exclusive", alors que le texte de Paul Quilès, ex-ministre, veut aller "vers l'unité organique de la gauche".

LES IMPASSES

L'Europe. Confrontés à la nouvelle panne de la construction européenne, les socialistes semblent perplexes. Sur ce sujet qui les a longtemps divisés, ils se contentent de se prononcer en faveur d'une "Europe des projets" plus concrète et souhaitent des coopérations renforcées. Les primaires. Comment désigner le candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012 ? Pour des raisons tactiques, les textes de Mme Royal, M. Delanoë et Mme Aubry éludent la question. Les strauss-kahniens proposent d'organiser au printemps 2011 des primaires ouvertes aux sympathisants. Un principe que MM. Collomb et Guérini veulent étendre aux candidats à la députation, aux municipales et régionales.

Jean-Michel Normand Article paru dans l'édition du 03.07.08

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Les contributions, ou le «haka» des ténors socialistes

LE FIGARO | 02/07/2008 | 19:23 


Le Conseil national s'est réuni mercredi soir pour enregistrer les contributions des leaders du parti, exercice obligé avant la recherche d'alliances pour le Congrès de Reims qui doit désigner le successeur de François Hollande.

Les experts les comparent au «haka» des All Blacks, danse guerrière destinée à impressionner l'adversaire avant le match. Les contributions, première étape de la préparation du Congrès de Reims en novembre, ont été déposées mercredi soir dans un grand hôtel parisien. Un «grand cérémonial», dixit Pierre Moscovici, qui sert à faire valoir des idées et à réunir ses premiers soutiens.

Présidentiables, chefs de courants, barons locaux ont donc pris la plume, publiant au total 21 contributions générales (contre 18 au Mans en 2005), avançant analyses et propositions, mais aussi alignant les signatures de leurs soutiens respectifs comme pour montrer leur poids. Les textes ont été présentés durant cinq heures, théoriquement par leurs chefs de file, à l'exception de Ségolène Royal, qui était à Québec pour le 400e anniversaire de la fondation de la ville. Ils ne donneront pas lieu à un vote des militants mais pourront servir de base à des rapprochements en vue de futures motions pour le Congrès.

L'enjeu de ce Congrès est de taille, rappelle Bertrand Delanoë : «c'est la première fois depuis le Congrès d'Epinay» de 1971 que les socialistes «ont à définir dans un même mouvement une orientation, un projet, une stratégie politique d'alliances, une direction et un leadership». A la lecture de ces documents, de nombreuses convergences apparaissent. Déjà, les socialistes partagent sans surprise la même analyse du sarkozysme, «bonapartisme saugrenu au conservatisme agressif» (dans la contribution de Bertrand Delanoë), «mélange inquiétant de Silvio Berlusconi et de Doc Gyneco, avec une montre de 50.000 euros au poignet» ( Ségolène Royal ), «monocratie» (Laurent Fabius).

Hollande : «Gagner enfin en 2012»


Dans un bel ensemble, ils dénoncent la mainmise du capitalisme financier et revendiquent «les valeurs historiques du socialisme» (Martine Aubry). Si le mot est encore largement tabou chez les socialistes, la plupart d'entre eux sont sociaux-démocrates. L'inoxydable Jean-Luc Mélenchon se distingue en affichant sa volonté d'«empêcher la mutation définitive du PS en parti démocrate». L'aile gauche du parti présente d'ailleurs plusieurs textes, via Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, ou encore l'édile du Nord Marc Dolez.

De son côté, Pierre Moscovici représente le pôle des reconstructeurs (avec Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadélis) qui plaide pour une ligne clairement réformiste, de même que les barons locaux Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini, avec l'appui discret de Manuel Valls, ou encore Jean-Marc Ayrault. Le maire de Nantes, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, et des socialistes des Pays-de-la-Loire «refusent» tous de choisir un candidat pour 2012 estimant qu'aucune personnalité ne s'impose naturellement.

Plus isolés, le rénovateur Gaëtan Gorce, l'ex-ministre de la Justice Marylise Lebranchu (toutefois proche de Martine Aubry), le pôle écologique du PS (avec notamment Géraud Guibert, responsable national du PS chargé de l'écologie) et le petit courant altermondialiste Utopia veulent eux aussi exister à travers leur contribution générale. Ambition similaire pour des membres du Conseil national du PS, comme Gérard Filoche et Jacques Fleury, le premier fédéral de Meurthe-et-Moselle Pascal Jacquemin et celui de l'Orne Frédéric Leveillé, mais aussi Pierre Larrouturou, avec sa contribution appelée «Urgence sociale».

François Hollande ? Le Premier secrétaire sortant, qui entend bien peser sur le Congrès, a attendu l'expiration du délai pour publier sa contribution, déjà signée par Julien Dray. Dans ce texte intitulé «Donner une cohérence à la gauche et un espoir à la France», le numéro un du PS propose de fédérer la gauche pour choisir un candidat commun au premier tour de la présidentielle et «gagner enfin en 2012».


Samuel Potier

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