14.02.2008

Pour un nouveau mendésisme

(Voilà un article que Gaëtan Gorce avait écrit pour Marianne, et qui est paru en mars dernier. Nous le reprenons ici : il nous semble bien expliquer la démarche qui a conduit au dépot de la contribution)

Quand s'attaquera-t-on aux vrais problèmes du pays? Et qui le fera? Le mouvement de défiance qui se lève aujourd'hui contre Nicolas Sarkozy ne fait que souligner la prégnance de cette double question. La gauche aurait tort de s'en réjouir. Le désarroi qui frappe l'opinion n'est que le reflet d'une crise de confiance ouverte depuis une vingtaine d'années et que la campagne de 2007 avait semblé suspendre.

Nos concitoyens ont, à juste titre, la conviction que la politique s'est éloignée d'eux. Qu'elle n'a plus pour objet de répondre aux défis dont ils ressentent les effets dans leur vie quotidienne. Le creusement des déficits sociaux nourrit ainsi une inquiétude récurrente sur le devenir de notre système de protection sociale. Les délocalisations et leurs effets sur l'emploi industriel mettent à nu le problème de compétitivité qui affecte notre économie. Les montagnes russes des sondages soulignent enfin, à l'envi, les failles de nos institutions, incapables d'inspirer une confiance durable à nos citoyens.

Ces trois questions sont évidemment étroitement liées. Restaurer la compétitivité de notre économie, aider nos entreprises à regagner des parts de marché, en particulier à l'exportation, dynamiser notre croissance suppose sans doute un investissement spectaculaire dans la recherche et l'enseignement supérieur. Mais il implique aussi une maîtrise des coûts qui ne peut se concevoir que dans un contexte de stabilisation des prélèvements obligatoires. Les abaisser n'aurait pour conséquence que de renvoyer au marché des missions qui sont celles de la collectivité, ce qui aurait en outre pour effet d'accentuer encore les inégalités. Les augmenter reviendrait à étouffer toute capacité d'initiative et à conforter des habitudes de gestion publique qui doivent être au contraire revues en profondeur. Une telle stabilisation ne serait évidemment pas sans conséquence. Sous une telle contrainte, l'augmentation inéluctable des dépenses sociales liée à la couverture des déficits des régimes de retraite et de santé comme à la montée en charge des nouveaux besoins, telle la dépendance, se reportera par un effet mécanique sur les autres dépenses publiques qu'il faudra bien alors comprimer en proportion.

Dans ces conditions, la réforme de l'Etat constituera la condition sine qua non de la préservation de notre système de protection sociale et de l'avenir de nos services publics. La «croissance zéro» des dépenses publiques, la limitation des déficits budgétaires aux financements nécessaires à l'investissement public, le vote en équilibre de la loi de financement de la Sécurité sociale rendront indispensable une évaluation des politiques publiques, c'est-à-dire une recherche d'efficacité, économique et sociale, qui fait défaut aujourd'hui.

C'est à ce stade que se pose alors la troisième question, celle de la revitalisation de notre démocratie. Loin de relever d'une cohorte d'experts, à l'instar de la commission Attali, la réforme ne pourra être juste, efficace et acceptée que si elle est débattue, négociée, expliquée, c'est-à-dire si elle engage, en somme, tous les citoyens. Au courage de dire la vérité, sur la réalité des enjeux économiques et sociaux, les responsables politiques devront par conséquent ajouter une conscience de l'intérêt général qui permettra de distinguer le politicien habile de l'homme d'Etat.

Un tel enjeu n'est pas sans rappeler la situation de la France au milieu des années 50, doutant de son statut, empêtrée dans sa reconstruction, s'interrogeant sur l'avenir de sa démocratie. A gauche, un homme seul alors su se faire entendre, qui croyait suffisamment en la démocratie pour voir dans la politique une pédagogie et dans ce pays pour croire en son rebond. Cet homme s'appelait Pierre Mendès France. Jamais cette double idée qu'il se faisait de la politique et de la France n'a été si nécessaire à l'une comme à l'autre!

Qui saura demain reprendre le flambeau? Qui choisira de renoncer à la démagogie et à toutes les formes d'une pensée paresseuse?

L'échec patent de Nicolas Sarkozy à assumer ce rôle renvoie la gauche au seul enjeu qui vaille: retrouver un leadership qui s'inspire d'une véritable «éthique de la responsabilité», indispensable à notre temps.

Par Gaétan Gorce DEPUTE PS DE LA NIEVREVice-président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, animateur de Nouvelle Voix (rénovateurs).

Samedi 22 Mars 2008 
Gaétan Gorce

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