30.07.2008

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Louis Gautier et Gaëtan Gorce.

Tribune dans Le Monde

Occasion manquée pour le Parti socialiste

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L'adoption de la réforme constitutionnelle conduit à s'interroger sur la pertinence de la stratégie du Parti socialiste. Au final, il n'aura été ni en capacité de faire échec à cette réforme ni en situation de l'infléchir. Ce résultat est le fruit d'une double erreur d'appréciation.

La première est d'avoir considéré que l'opposition était en mesure de réunir une minorité de blocage puisqu'une majorité qualifiée de trois cinquièmes est nécessaire pour l'adoption d'un texte de nature constitutionnelle. L'attitude du PS a été guidée par l'idée qu'il était possible d'infliger une défaite au président de la République ou, tout au moins, de ne pas "lui donner une victoire". En posant des conditions, notamment sur le Sénat, qu'il savait impossible à satisfaire par le gouvernement et la majorité, le Parti socialiste s'est mis, d'emblée, en situation de ne pas voter ce texte. De nombreux parlementaires socialistes qui ont cru sincèrement à cette stratégie découvriront bien tard que la majorité parlementaire disposait arithmétiquement à elle seule des trois cinquièmes des votes pour permettre son adoption ! En outre, en politisant fortement le vote du Congrès dans la dernière semaine, le PS a permis à la majorité de se ressouder, les parlementaires de droite hostiles à cette réforme préférant la voter plutôt que de "jouer contre leur camp".

L'autre erreur d'appréciation concerne le contenu de la réforme elle-même. Obnubilés par la pratique institutionnelle "hyperprésidentielle" de l'actuel président de la République, les socialistes ont voulu voir dans cette réforme la volonté d'inscrire dans la Constitution le renforcement des pouvoirs présidentiels. Cette perception est pour l'essentiel erronée. Le président de la République ne gagne aucun pouvoir nouveau, hormis celui de s'exprimer devant le Parlement réuni en Congrès.

Il faut beaucoup de mauvaise foi pour considérer que cette disposition symbolique, très en retrait par rapport au souhait de Nicolas Sarkozy de pouvoir s'adresser à tout moment à chaque Assemblée, bouleversera le régime. En revanche, un certain nombre des pouvoirs du président sont encadrés comme celui de nomination. On peut discuter du degré d'encadrement du dispositif proposé, mais il est difficile de le récuser alors que, durant quatorze ans, François Mitterrand et les socialistes se sont accommodés du système actuel.

En réalité, cette réforme s'est attelée à revaloriser les pouvoirs du Parlement et à donner des droits nouveaux aux citoyens. Ce choix a été celui du comité Balladur qui, à juste titre, a estimé que l'urgence était de palier le déséquilibre né de l'adoption du quinquennat et de l'inversion du calendrier électoral. Face à la toute-puissance de l'exécutif, il est impératif de donner plus de pouvoirs au Parlement, notamment en matière de contrôle.

Certains regrettent que cette évolution se fasse au détriment du premier ministre. Outre qu'il paraît difficile de revaloriser le Parlement sans restreindre les pouvoirs du gouvernement, il aurait fallu, pour que cette critique soit pertinente, être en mesure de trancher la question de la nature du régime. Le PS ne l'a pas fait, laissant coexister en son sein ceux qui sont favorables à une présidentialisation de la Ve République et ceux qui privilégient le renforcement du premier ministre et une évolution primo-ministérielle. D'autres considèrent que la revalorisation du Parlement profitera d'abord au groupe majoritaire. C'est en grande partie vrai, mais faut-il s'en offusquer ? Sauf à remettre en cause le fait majoritaire ou à considérer pour l'opposition qu'elle a vocation à rester cantonnée dans ce rôle, il n'est pas illégitime que la majorité élue par les Français ait les moyens de gouverner, ce qui n'est pas incompatible avec un statut de l'opposition !

Aucune objection de principe ne permet donc de refuser l'approche préconisée par le comité présidé par Edouard Balladur. Sur bien des points, la réforme proposée apportait des réponses, certes perfectibles, mais attendues depuis de longues années par de nombreux parlementaires. Plutôt que de se réfugier dans une attitude négative et stérile, il valait mieux se mettre en disposition de les discuter sérieusement afin d'aboutir à un compromis.

Dans les grandes démocraties, cet exercice aurait été mené naturellement et sereinement. Chacun aurait compris que s'agissant de la loi fondamentale, la majorité et l'opposition recherchent dans la transparence un accord permettant à la démocratie de progresser. Dans notre pays, cette discussion a donné lieu, de part et d'autre, à des procès d'intention qui témoignent de l'immaturité de notre vie politique. Le président et sa majorité ont leur part de responsabilité dans ce qui apparaît, malgré le vote de la réforme, comme une occasion manquée. En suivant la majorité sénatoriale dans sa volonté choquante d'empêcher toute évolution du mode de désignation du Sénat, la droite a bloqué, sur un point qu'elle savait essentiel, toute possibilité de discussion avec l'opposition. Elle a privilégié sa cohésion au détriment de la recherche d'un compromis. Elle a découragé ceux qui, comme nous, avaient l'espoir de participer à une véritable modernisation des institutions. Il n'était pas question pour nous de diviser notre camp et d'être les supplétifs de la majorité.

Il n'en reste pas moins que le PS doit s'interroger sur sa stratégie de parti d'opposition. Sa disqualification résulte de son incapacité à s'abstraire d'une forme d'anti-sarkozysme pavlovien qui le conduit à s'opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République. Cette ligne de conduite est dangereuse et fait le jeu de celui qu'elle prétend combattre. Elle nous éloigne des Français qui n'écoutent plus un parti réfugié dans une opposition caricaturale. Elle crédibilise un discours purement protestataire. Elle n'incite pas à rechercher des solutions alternatives.

Au moment où la France connaît des défis majeurs, les Français n'attendent pas seulement que le Parti socialiste dénonce une politique inefficace et injuste, mais qu'il aide notre pays à surmonter ses difficultés. Cet exercice est exigeant face à un président de la République dont le style et l'omniprésence sont des incitations permanentes à s'offusquer. Raison de plus de ne pas y céder comme nous l'avons hélas fait sur la réforme des institutions.

 


Les députés Christophe Caresche (PS, Paris), Jean-Marie Le Guen (PS, Paris), Gaëtan Gorce (PS, Nièvre), Manuel Valls (PS, Essonne).

Gaëtan Gorce interviewé par Libération

«La seule préoccupation des dirigeants du PS est d’en garder le contrôle»
 
 
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Interview de Gaëtan Gorce, député socialiste.
Recueilli par FRANÇOIS WENZ-DUMAS - article paru le vendredi 25 juillet 2008

Règlement de comptes au PS : Gaëtan Gorce, député de la Nièvre, a été démis de ses fonctions de vice-président du groupe socialiste par Jean-Marc Ayrault. Il avait cosigné, avec Jean-Marie Le Guen, Manuel Valls et Christophe Caresche, une tribune dans le Monde dénonçant l’«anti-sarkozysme pavlovien» dont aurait fait preuve la direction du Parti socialiste en refusant la réforme constitutionnelle. Dans une lettre à Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés PS, il reproche aux dirigeants leur «logique d’opposition frontale» à Nicolas Sarkozy.

Dans votre lettre au président du groupe socialiste, vous parlez de «délit d’opinion». N’est-ce pas un peu exagéré ?

Même pas. J’ai toujours respecté la discipline de vote, y compris pour la réforme constitutionnelle alors que je pense que la stratégie d’opposition frontale était une erreur. Chaque fois que l’on m’a demandé de monter au front, je l’ai fait. La seule chose que l’on peut me reprocher est ma liberté de parole. Arnaud Montebourg et Philippe Martin, qui étaient premier et deuxième vice-présidents, ont été rétrogradés pour s’être opposés à Jean-Marc Ayrault. Moi, on m’a carrément retiré ma vice-présidence, sans même me prévenir. Tout cela n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui est dramatique, c’est que le Parti socialiste est devenu un système qui fonctionne sur lui-même. Il réagit quand il est attaqué et la seule préoccupation de ses dirigeants est d’en garder le contrôle. Le PS vient de perdre en un an 60 000 adhérents, soit le tiers de ses effectifs, et on fait comme si de rien n’était. Il est vrai, comme disait l’ancien président du conseil Henri Queuille, que la politique ce n’est pas l’art de résoudre les problèmes mais de faire taire ceux qui les posent.

On ne peut pas vous faire taire : vous avez déposé une contribution pour le congrès de Reims…

Aujourd’hui au PS, vous n’existez que si vous pouvez apporter des voix à l’une ou l’autre écurie. Il faut changer ce système. J’ai espéré que la nouvelle génération pourrait se rassembler et le bousculer. Mais, disait Gramsci, le vieux ne veut pas disparaître et le nouveau ne peut pas apparaître. L’establishment du parti a trop intérêt à sauvegarder le système pour préserver son pouvoir. Nous sommes en train de devenir une forteresse assiégée, comme l’était le Parti communiste dans les années 70. Je ne souhaite pas que le Parti socialiste connaisse le même destin.

Quel désaccord de fond avez-vous avec l’actuelle direction du PS ?

Sa stratégie est celle que définissait Pierre Dac : «Ni pour ni contre, bien au contraire.» Elle s’est enfermée dans une logique d’opposition frontale à la droite, ce que nous avons appelé avec Jean-Marie Le Guen, Manuel Valls et Christophe Caresche l’«antisarkozysme pavlovien». Sur la réforme constitutionnelle, on aurait pu avoir une opposition constructive puisque nous étions à l’origine de certaines dispositions. Mais non : la seule chose qui comptait était de mettre Sarkozy en difficulté, avec le résultat que l’on sait. Nous aurions quand même pu, après les élections de 2007, nous interroger sur l’efficacité de cette opposition frontale, que j’avais moi-même pratiquée en 2003 contre la réforme des retraites. Mais déjà à l’époque, cette stratégie permettait de masquer nos divisions, et le fait que nous n’étions pas capables de dire quelle réforme des retraites nous aurions fait. Et on continue. On envoie les députés ferrailler contre une loi qui finit par passer, sans se demander comment on aurait pu au moins l’infléchir. Aujourd’hui le PS a le discours creux de ceux qui se déclarent réformistes, sans avoir réfléchi au contenu des réformes qu’ils souhaitent.

29.07.2008

Gaëtan Gorce interviewé par France-Soir

PS - Gaëtan Gorce : “Le congrès de Reims va dans le mur”

Aurore Merchin, le mercredi 23 juillet 2008

Les « rénovateurs » Gaëtan Gorce, Manuel Valls, Christophe Caresche et le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen s’interrogent « sur la pertinence de la stratégie du Parti socialiste ». Trop tard ?

FRANCE-SOIR. Au lendemain de l’adoption de la réforme constitutionnelle, vous signez dans Le Monde une tribune virulente contre la direction du PS. Pourquoi pas la veille ?
GAËTAN GORCE.
La stratégie du PS a échoué. Au lieu de nous concentrer sur les véritables enjeux pour obtenir un compromis et élever le débat, on a nous a fait voter contre au motif de ne pas faire de cadeau à Nicolas Sarkozy. Nous aurions pourtant pu faire nôtres certaines propositions. Notre position étant minoritaire à l’intérieur du groupe, nous nous sommes inclinés et avons voté contre notre point de vue. Nous avons été disciplinés et loyaux jusqu’au bout, maintenant nous retrouvons notre liberté.

Jack Lang, qui a choisi à l’inverse de se déterminer en fonction du fond et non des combats politiciens, est vivement critiqué. Qu’en pensez-vous ?
Je n’approuve pas son choix mais je le respecte. Il est cohérent, mais il est dommage de se placer en marge du PS. Nous, nous préférons le rénover de l’intérieur.

Mais en dénonçant la « mauvaise foi » du PS, son « antisarkozysme pavlovien », son « attitude négative et stérile », vous vous marginalisez…
On peut nous caricaturer, ça m’est indifférent. Je ne suis dans aucun calcul, aucune tactique. Face à une direction incapable de faire un retour sur soi et de s’interroger, il est de mon devoir de dénoncer en permanence ses faiblesses. Son hégémonie et son conservatisme sont symétriques à l’attitude de Nicolas Sarkozy, qui en se comportant en chef de clan a, lui aussi, une responsabilité très forte.

Vous n’avez pas peur de devenir les socialistes préférés de la droite ?
La stratégie de Nicolas Sarkozy, son seul objectif est d’affaiblir l’opposition et de détruire ses adversaires. Il n’a pas intérêt à la rénovation du PS. C’est donc logique que la majorité s’accapare notre initiative pour la disqualifier. Mais nous ne nous sommes jamais laissé instrumentaliser.

Vous proposez de « moderniser le clivage droite-gauche ». Comment ?
Ce clivage est toujours pertinent. S’il était factice sur les institutions, il reste d’actualité en ce qui concerne l’égalité des chances, la justice sociale et fiscale, la politique internationale. Mais il nous faut le réactualiser. Penser que la droite privilégie la réussite individuelle et la gauche le collectif est caricatural. L’individu n’est pas l’ennemi de la solidarité, à nous de démontrer que seuls des services publics réformés sont de nature à l’émanciper.

Le congrès de Reims approche. Sur quoi va-t-il selon vous déboucher ?
Il va dans le mur. Je me force à être pessimiste pour avoir de bonnes surprises, mais nous sommes prisonniers d’un système dit « des éléphants » et de la proportionnelle qu’une génération maintient pour conserver les responsabilités. S’il est conflictuel, ce sera la catastrophe ; s’il est consensuel, on évitera les sujets qui fâchent. Face à une opinion publique de gauche désespérée, combien de temps supportera-t-on encore les errements du PS ?

[Edition France Soir du mercredi 23 juillet 2008 n°19856 page 4]

09.07.2008

Les atouts du PS

Vingt-et-un, c'est le nombre de contributions générales pour le congrès de Reims. Il est toujours un peu ambigu de parler de la politique comme d'un jeu, mais là, la camparaison avec les vingt-et-un atouts du tarot était trop belle pour ne pas m'amuser un peu en ces temps si tristes. J'ai donc filé la métaphore.

Comme au tarot, pour l'emporter à Reims, il faudra empocher un maximum de points. Celui ou celle qui détient le petit – les militants – tentera de le sauver, si possible en le gardant pour la fin (cela rapporte dix points supplémentaires). Celui ou celle qui aura reçu l'excuse – la masse des élus – et le 21 – les grandes fédérations –, ne sont pas encore connus. Les cartes ne sont pas encore distribuées, elles restent figées, en tas, au milieu de la table de jeu.

Qui aura une longue à l'atout, qui aura les rois, les dames, les cavaliers et les valets? Le tarot, qui sert pourtant en astrologie à deviner l'avenir, risque de ne pas être très utile pour dire comment va se dérouler et se terminer le jeu. De quelle couleur sera le roi appelé? Quelle sera la coupe? Comment réagiront les autres membres du jeu? Arriveront-ils à faire chuter ceux qui prendront le risque de pousser ou de garder contre? Bien malin celui qui peut dire aujourd'hui qui remportera la partie. Un grand chelem est simplement très peu probable.

Dans ce grand jeu de cartes les socialistes sauront, à n'en pas douter, faire durer le suspens et tenir les médias en haleine. Il faut espérer qu'ils choisiront, au final de mettre un terme à la proportionnelle dans le parti et qu'ainsi, enfin, ils mettront fin à la guerre de Trente Ans, ces manoeuvres de courants qui pourissent le parti. Alors, nous pourrons battre la droite dans les prochaines parties, les seules qui ont de l'importance, car les seules qui peuvent faire aller mieux notre pays et nos concitoyens.

 

Corentin Segalen